Je cherche du travail

Et ça fait depuis Novembre que c’est le cas. Je trouve ça honteux. Honteux qu’après un bac+5, moi et plusieurs autres jeunes diplômés on se retrouve dans ce bourbier.

Pourquoi fait-on un bac+5 ?

Parce que tous les étudiants d’université (donc je n’inclus pas ceux qui font des BTS ou des DUT car eux se sont très vite spécialisés à un métier en particulier) sont formatés pour faire un bac+5.

shutterstock_303404159Parce qu’on nous fait comprendre qu’avec un bac+3, personne ne nous engagera. J’avoue, je peux comprendre : je suis diplômée d’une licence en LLCE Anglais. En sortant de cette formation, je n’avais aucune idée de quel métier je pouvais exercer. C’est sûrement le cas d’un étudiant en littérature, en histoire, en biologie… Nos connaissances ne sont pas assez poussées pour obtenir un métier à responsabilités. En revanche, je pense qu’un étudiant en communication par exemple, est parfaitement capable d’être assistant de communication, rédacteur ou journaliste web, chroniqueur, attaché de presse, etc… après un bac+3. Pourtant, je pense qu’il y a peu de chances qu’un diplômé en Licence soit préféré à un diplômé en Master.

Parce qu’un bac+8, c’est trop désavantageant. Le jeune diplômé aura une expérience moins importante qu’un bac+5 qui est sur le marché depuis 3 ans. En revanche, il coûtera plus cher pour l’employeur. Deux gros handicaps.

Les candidatures

Après, le problème d’une majorité de jeunes diplômés, c’est qu’on n’a pas assez d’expérience. Et on se retrouve en compétition sur le marché du travail, non seulement les uns contre les autres, mais aussi contre d’autres qui sont là depuis 2, 3, 5, 10 ans…

C’est pas faute d’essayer, je postule à tout. Si j’obtiens une réponse (positive ou négative), c’est déjà un miracle. Sur toutes mes candidatures (aux offres comme spontanées), j’ai obtenu seulement 6% de réponses positives (c’est-à-dire un entretien téléphonique et/ou physique) et 14% de réponses négatives (« malgré les qualités que présentent votre profil, nous ne pouvons donner de suite favorable à votre candidature »). Ça veut dire que pour 80% de mes candidatures, je n’obtiens aucun retour.

Est-ce qu’il m’est arrivé de relancer ? Oui quand je le peux. Si un numéro est disponible, j’appelle. Mais jusqu’ici, ça ne m’a servi strictement à rien : on me répond « nous avons plusieurs candidatures à étudier », « si votre profil est intéressant, on vous rappellera » et « même si on ne vous prend pas, on garde votre CV »….

Les établissements pour l’emploi

Je suis inscrite à Pôle Emploi, à Ingeus, à l’APEC et au programme NQT. J’ai une conseillère dans chacune de ces quatre agences. Les quatre ont regardé mon C.V. et m’ont donné des conseils (je ne vais pas mentir, les conseils sont souvent contradictoires d’une agence à une autre). On m’a dit :

  • de ne pas mettre ma photo (d’ailleurs, c’est l’une des contradictions : des conseillères me disent de l’enlever, d’autres me disent de la mettre). Avec une photo, l’employeur peut souvent se faire des idées sur la personne. Qu’on le veuille ou non, nous avons tous tendance à juger sur le physique. En plus, comme mes origines arabes sont écrites sur mon visage, raison de plus pour éviter la discrimination raciale (une arabe avec un nom de famille à connotation étrangère et venant de banlieue, saperlipopette…)
  • de ne pas mettre ma date de naissance ou mon âge (là aussi les opinions des conseillères divergent) : encore une fois, on peut très vite juger une personne sur son âge. Si elle est jeune, elle est inexpérimentée. Si elle est vieille, elle coûte trop chère et n’a probablement plus un regard frais et moderne… Ma conseillère Ingeus m’a dit qu’avec les dates de diplômes de toute façon, les recruteurs peuvent faire un calcul rapide et approximatif.
  • de ne pas préciser ma situation maritale : surtout si on est marié et/ou parent. Parce qu’un parent fera toujours passer son enfant avant le boulot. Parce qu’un enfant, ça tombe malade, ça a des spectacles, des réunions parents-professeurs, parce qu’il n’y a peut-être pas de baby-sitter… Et si on a pas d’enfants mais qu’on est marié (ce qui est mon cas), le recruteur peut se dire « hmm elle a 24 ans donc elle est jeune, elle est sûrement fraîchement mariée, allez dans les 5 prochaines années, elle va sûrement me pondre un gosse et faudra la remplacer pendant plusieurs mois, etc… » Bien qu’ils n’ont pas le droit de poser la question, une de mes meilleures copines (qui est justement maman d’une petite fille d’un an) s’est pourtant vue la question posée lors d’un entretien (elle a été honnête et a quand même été prise donc ne faisons pas de généralités).
  • de retirer la précision « bénévolat » et « stage » sur mes expériences professionnelles. Ça minimise mes responsabilités et effectivement, j’ai pu m’en rendre compte en plein entretien (rdv au 4ème paragraphe) : les recruteurs ne retiennent que le « stagiaire » et pas le « community manager » derrière. Même si j’avais le même boulot qu’un réel salarié, même si j’avais autant de responsabilités et j’étais autant capable et efficace qu’un employé, tout ce que certains retiennent c’est « 🚨 stage, stage, stage 🚨 ». Encore une fois, ma conseillère Ingeus m’a dit qu’en voyant les dates de mes diplômes, on peut deviner que certaines expériences ont eu lieu dans le cadre de mes études mais au moins, ce n’est pas la première chose qui saute aux yeux.

En plus de tous ces conseils, ma conseillère APEC m’a aussi aidé à parfaire ma lettre de motivation. Ajouter à cela, les innombrables ateliers auxquels j’ai participé (au sein de l’APEC et d’INGEUS) type « comment réussir ses entretiens d’embauche », « savoir se vendre », « savoir se présenter »… Franchement, j’ai l’impression d’avoir toutes les clés pour pourvoir trouver un travail. Mais alors qu’est-ce qui pêche ?

Moi, je reste persuadée que ma petite expérience (en comptant les bénévolats et les stages, ça fait un peu plus d’un an) est le gros problème. La majorité des recruteurs pensent que je suis pas assez expérimentée, que le fait que la majeure partie de mon expérience se résume à quelques mois par ci, par là, ne fait pas de moi une community manager qualifiée. Et c’est pour ça qu’ils ne daignent même pas regarder mon CV et/ou me répondre. Et lorsqu’ils le font, la majorité des cas, c’est pour me donner une réponse négative.

Je veux dire c’est quand même horrible : on nous demande de faire des études pour avoir un emploi mais personne ne veut nous donner notre chance une fois celles-ci terminées parce que du coup, on n’a pas accumulé assez d’expérience. Effectivement, c’est logique que si personne veut m’engager, j’aurai jamais d’expérience !

Les entretiens

J’ai quand même réussi à décrocher quelques entretiens. Seulement pour des CDD je précise. Et je remercie ces personnes de m’avoir donné ma chance et avoir accepté de me rencontrer. En règle général, ça s’est bien passé. Grâce à mes multiples ateliers, j’étais plus ou moins à l’aise (en tout cas, plus que si je n’avais jamais eu ces ateliers). Néanmoins, c’était pour des agences qui recrutent pour des entreprises donc c’est assez fastidieux. Une entreprise fait généralement appel à plusieurs agences pour les aider à trouver LA bonne personne. Mais du coup, il y a aussi de nombreuses personnes sur le coup. C’est ce qui m’est arrivé.

Mais j’ai quand même eu un entretien absolument délirant que je vais vous raconter là. J’ai d’abord eu une session de recrutement composée d’un test d’orthographe, de logique et de la rédaction d’une lettre de motivation. Les tests s’étant avérés concluants, j’ai été appelée par la Social Media Manager de l’entreprise pour un entretien. Déjà, l’entreprise se trouve rue François 1er, juste à côté des Champs Élysées. À côté, y a un restaurant japonais où la paire de sushis au saumon coûte 7€.

shutterstock_327882299.jpgElle m’accueille et on s’installe dans un bureau. À peine arrivées, elle répond à un message qu’elle a reçu sur son téléphone portable. Elle me demande de me présenter et pendant que je parle, elle ne prend aucune note et se contente de me regarder avec un petit sourire méprisant. Son téléphone portable n’arrête pas de vibrer. Au bout de 2-3min, elle craque et le regarde. Elle rit pendant l’entretien et répond au message. Une fois. Deux fois. Trois fois. Tout au long de l’entretien, aucune note n’est prise, le regard reste méprisant voire moqueur, le téléphone ne cesse de vibrer et madame se permet de rire et répondre sans aucune considération pour moi. Elle finit par me parler de son pôle et de ce qu’elle et ses employés font mais elle est très claire : elle recherche une personne expérimentée pas une personne sans expérience. En même temps si tu m’avais écoutée au lieu d’être coincée sur ton téléphone, tu te serais rendue compte que de 1) de l’expérience, même si elle est petite, j’en ai. De 2) j’ai peut-être pas 10 ans d’expérience mais je suis opérationnelle et compétente.

Honnêtement, je n’ai même pas compris pourquoi elle m’a appelée. Elle avait mon C.V. sous les yeux. Si elle l’avait bien étudié, elle était censée savoir que j’avais pas 1000 ans d’expérience. Peut-être qu’elle avait juste envie d’avoir 30min de pause gratuite pour répondre oklm à ses messages perso et je n’ai été qu’un simple instrument. Puis casser du junior, ça doit être grave gratifiant…

À la fin, elle m’a demandé si j’avais une question ou si j’avais quelque chose à ajouter. Généralement, il faut toujours répondre à l’affirmatif à ces questions pour montrer qu’on est intéressé et motivé. J’ai répondu « non » à chaque fois. Elle avait été claire, je n’avais pas de raison de traîner plus longuement et lui offrir du répit. Retourne travailler au lieu d’envoyer des messages. J’ai un regret : ne pas lui avoir demandé directement pourquoi elle m’avait convoquée si elle était si manifestement peu intéressée par mon profil. Je n’avais rien à perdre de toute façon donc j’aurais pu le faire.

Ça m’a beaucoup touchée (je pense que ça se voit) et ça m’a mis un gros coup au moral. J’ai trouvé cette attitude déplorable, irrespectueuse et dégueulasse. Mais je n’ai apprécié que plus une autre recruteuse qui elle, a été à mon écoute, a pris des notes et m’a posé plein de questions. En plus, à la fin, elle m’a donné plein de conseils pour m’améliorer pour un futur entretien. Si tous les recruteurs pouvaient être aussi généreux et bienveillants qu’elle… ❤️️

Au final, j’en veux d’autant plus à notre gouvernement qui se concentre sur des choses stupides pour nous faire peur (l’islam, l’islam, l’islam, l’islaaaaaam) plutôt que sur l’économie et le chômage, surtout le chômage touchant les jeunes diplômés dont je fais partie. Selon les chiffres de l’INSEE, 40% des jeunes diplômés sont au chômage plus d’un an après avoir obtenu leurs diplômes. Et sur les 60% qui ont un emploi, seuls 45% sont en CDI. C’est alarmant.

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